Industrie pharmaceutique

Liberation : Monsieur le ministre de la Santé, participer à une conférence sponsorisée par la firme Servier est une insulte aux victimes du Mediator

il y a 1 mois, par infosecusanté

Liberation : Monsieur le ministre de la Santé, participer à une conférence sponsorisée par la firme Servier est une insulte aux victimes du Mediator

Alors que le laboratoire Servier a été déclaré coupable par arrêt (non définitif) de la cour d’appel de Paris, il est partenaire d’un débat sur la santé organisé par « l’Opinion », en présence du ministre délégué Frédéric Valletoux. Une provocation scandaleuse, dénonce un collectif de victimes du Mediator et d’acteurs de la santé dont Irène Frachon, à l’origine de l’affaire.

par un collectif de victimes du Mediator, d’avocats et d’acteurs de santé comme Irène Frachon

publié le 5 avril 2024

Le 28 mars 2024, nous, victimes du Mediator, avocats de ces victimes, soignants engagés pour la santé publique et des soins de qualité, associations d’usagers de santé, avons eu la douloureuse stupéfaction de découvrir les images d’une conférence publique organisée par l’Opinion, média revendiqué « pro-business », en partenariat avec la firme Servier.

Ce débat intitulé « Santé : quels enjeux à l’horizon 2030 » avait comme principal invité Frédéric Valletoux, ministre délégué chargé de la Santé et de la Prévention, avec la participation également d’une représentante du ministère de l’industrie, d’une directrice de l’APHP (Assistance publique-hôpitaux de Paris), de l’urgentiste Mathias Wargon ainsi que d’un haut cadre du laboratoire Servier.

La tenue d’une telle conférence sur la santé est scandaleuse, car elle est ostensiblement sponsorisée par la firme Servier, laquelle a été déclarée coupable par arrêt (non définitif) de la cour d’appel de Paris du 20 décembre 2023 des infractions de tromperie aggravée, d’homicides et blessures involontaires, d’obtention frauduleuse d’autorisation de mise sur le marché et d’escroquerie aux dépens des organismes de la sécurité sociale dans l’affaire du Mediator.

La firme a été condamnée à une peine d’amende de plus de 9 millions d’euros et à verser plus de 420 millions d’euros pour rembourser les caisses d’assurance maladie et mutuelles qu’elle aurait escroquées, ainsi qu’environ 200 millions d’euros aux victimes de tromperie et à indemniser les victimes de blessures et homicides involontaires.

L’ancien numéro deux de l’industriel a écopé de quatre ans d’emprisonnement dont un an ferme.

La firme Servier et son ancien dirigeant restent pour l’heure présumés innocents, ces derniers s’étant pourvus devant la Cour de cassation contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris y compris les indemnisations déjà versées aux victimes.

Le collectif des victimes du Mediator a adressé un courrier le 18 mars dernier pour interpeller le ministre délégué chargé de la Santé en soulignant qu« à l’heure où l’Etat tente de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions publiques et dans le système de santé en général, nous considérons qu’il est important de ne pas banaliser la présence d’une firme pharmaceutique jugée délinquante [sous réserve du recours en cassation] par la justice française dans une conférence traitant d’un sujet de la plus haute importance, à savoir la santé publique de demain ». Le collectif a souligné le fait que la participation d’un ministre à une telle conférence, en tant que représentant de l’Etat, reviendrait à redorer le blason de la firme Servier et a demandé à Frédéric Valletoux de remettre en cause sa participation.

D’autres courriers ont été envoyés pour tenter d’alerter de même la rédaction de l’Opinion ainsi que d’autres participants à ce colloque. Le collectif n’a reçu aucune réponse en retour.

Le nom de Servier : une insulte aux victimes du Mediator
Le nom de Servier, projeté ostensiblement sur un écran au-dessus du pupitre des participants, envoie un signal d’un cynisme effarant à tous ceux que la santé des gens en France préoccupe, et cela est insupportable pour les innombrables victimes du Mediator.

Le nom de Servier résonne comme une insulte aux victimes, car la firme n’a eu de cesse depuis toutes ces années de procédure judiciaire de soutenir une défense irresponsable assénant de manière continue les mensonges qui ont fait le lit de la tromperie. Il sonne également comme une provocation, car la décision de la cour d’appel a été extrêmement claire s’agissant notamment du rôle personnel déterminant tenu par feu Jacques Servier, fondateur de la « maison » portant son nom et aujourd’hui synonyme de « descente aux enfers » – pour reprendre les termes de l’arrêt de la cour d’appel – pour ses milliers de victimes.

Monsieur Valletoux se présente volontiers comme « ministre des Patients », il ne peut en écarter les victimes de soins médicaux, en particulier, lorsque ces patients sont victimes d’actes délictueux caractérisés.

Nous, collectif de victimes du Mediator, avocats, acteurs de la santé demandons que soient enfin tirées les conclusions d’un tel drame, et que la réflexion pour mieux soigner les personnes ne puisse se faire sous l’égide d’une firme délinquante. Un peu d’éthique monsieur « le ministre des Patients » !

Signataires  : Lisa Boussinot Représente le collectif des victimes du Mediator Jean-Christophe Coubris, Charles Joseph-Oudin, Camille Lafon, Claude Lienhard, Isabelle Marbot-Daures, Juliette Nattier, Anne-Laure Typhaine, Martine Verdier Avocats de victimes du Mediator Séverine Carré-Pétraud Directrice éditoriale de la revue Prescrire Associations HTAP-France, Association Cadus, François Bourdillon, François Chast, Gilles Edan, André Grimaldi, Jean-Paul Vernant Professeurs François Blot, Irène Frachon Docteurs.