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Infirmiers.com - Nouveaux enjeux et défis d’une profession au cœur du soin

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

11.04.19 Mise à jour le 15.04.19

La stratégie de transformation du système de santé "Ma Santé 2022" intègre la revalorisation des aides-soignants en engageant, notamment, une réflexion concernant la ré-ingénierie de la formation initiale afin de s’adapter aux réalités du terrain. Pour Alexis Bataille, aide-soignant militaire, « réfléchir à un rôle propre distinct, mais toujours complémentaire à celui de l’infirmier, semble être une piste intéressante pour asseoir l’aide-soignant dans le futur modèle du système de santé ».

Exerçant en collaboration, dans le cadre du rôle propre des infirmiers, les aides-soignants accusent de plus en plus le coup d’un cruel manque de reconnaissance et d’un manque de légitimité professionnelle...

« Ma Santé 2022 » souligne la nécessaire "Actualisation des référentiels d’activités/compétences et de formation des aides-soignants afin de mieux répondre aux réalités de leur exercice"1 . Cette mesure a engendré, force est de le constater, que peu de soutien favorable parmi les autres professions de santé qui y voient un nouveau coup de cuillère à leur part de gâteau déjà bien émietté... Néanmoins, prenant la mesure des évolutions nécessaires des compétences de certains professionnels de santé, un questionnement légitime se pose quant à la future place et au rôle des aides-soignants au sein de la nouvelle dynamique réformatrice du système de santé.

L’aide-soignant, un professionnel polycompétent au service du patient
L’aide-soignant est au cœur de la relation soignant-soigné et inscrit l’ensemble de ses actions dans une démarche d’aidant professionnel en prodiguant des soins dits de "base". A ce titre, il est un acteur essentiel de la prise en soin globale du patient et représente le supplément d’âme des établissements de santé de par l’aspect relationnel majeur de sa fonction. Toutefois, les compétences de l’aide-soignant ne sauraient être cantonnées derrière cette unique qualité humaine, ô combien essentielle, certes, mais qui ne traduit plus tout à fait ce que sont dorénavant les "aides-soignants 2.0". En effet, les exigences et les contraintes de la chaîne santé ont indubitablement fait ruisseler de nouvelles attributions "officieuses" vers les aides-soignants, sous couvert plus ou moins officiel. Comme il est écrit dans le Plan Santé 2022, "Une attention particulière sera portée aux aides-soignants dont les conditions d’exercice ont évolué, sans que les conséquences n’en soient tirées."1

Par la force des choses, l’aide-soignant a donc modifié son regard de soignant et ses pratiques. De fait, l’on peut considérer ces derniers comme des professionnels de santé ayant développé une expertise soignante dans de vastes domaines de compétences allant de l’hygiène en collectivité (bio-nettoyage des locaux, sécurité alimentaire, prévention des bio-contaminations...) à l’hygiène individuelle des usagers (essentiellement les soins d’hygiène et de confort dont il est le garant) tout en passant par l’amplification de sa posture collaborative auprès des infirmiers mais aussi d’autres professionnels de santé.

La légitimité : un pas vers la reconnaissance ?
Exerçant en collaboration, dans le cadre du rôle propre des infirmiers, les aides-soignants accusent de plus en plus le coup d’un cruel manque de reconnaissance et d’un manque de légitimité professionnelle... Reconnaître, enfin, l’expertise des aides-soignants, identifier clairement les actes qu’ils réalisent sur le terrain, de façon légale ou officieuse, sera une avancée sans commune mesure vers une évolution du statut, donc d’un sursaut de légitimité soignante. Réfléchir à un rôle propre distinct, mais toujours complémentaire à celui de l’infirmier, me semble être une piste intéressante pour asseoir l’aide-soignant dans le futur modèle du système de santé. Le référencement de nouvelles compétences ne doit cependant pas être mis en confrontation avec celles des infirmiers. Envisageons-le plutôt comme une mise en perspective de deux champs d’activités se rejoignant au mieux pour potentialiser la qualité des soins au service du patient.

Un positionnement à affirmer
L’on a longtemps considéré les aides-soignants comme une catégorie professionnelle de "l’entre-deux" , à mi-chemin entre les infirmiers et les agents de service. L’histoire même de la profession, créée à la fin des années 50, est un pur produit de la transformation de la fonction publique hospitalière (plus particulièrement des tâches administratives des infirmiers). Elle témoigne et symbolise toute l’ambiguïté d’une néo-catégorie soignante qui, nonobstant son indéfectible corrélation aux infirmiers, s’est construite au fil des années comme un atout incontournable des établissements de soins sans pour autant bénéficier de la même aura que ses pairs travaillant, eux aussi, au chevet du patient. A l’heure du vieillissement de la population française et d’un système de santé modifiant ses codes, ses pratiques, il est assurément temps d’envisager l’importance fondamentale de l’expertise aide-soignante car, à terme, ceux-ci seront la pierre angulaire de la prise en soin « de contact » des personnes âgées. Pour cela, le réassort de la formation initiale et l’établissement d’une commission de travail à propos du rôle propre des aides-soignants s’avère être crucial.

Afin de mener à bien ce défi ambitieux, qui répond à différents enjeux professionnels et de santé publique, il faudra faire preuve de beaucoup de pédagogie. D’abord auprès du cœur de cible, les aides-soignants, en définissant les nouvelles limites de cette future législation, mais aussi auprès des autres professionnels de santé, en abordant l’élargissement, voire l’émancipation des aides-soignants, comme une possibilité offerte à toute la communauté paramédicale d’intensifier la synergie inter-professionnelle en réattribuant des compétences aux uns et aux autres.

Viser le wagon de tête...
Il faut le reconnaître, c’est une réelle "r-évolution", un chantier énorme qui bouscule, qui étonne. En tout cas, je pense très sincèrement que c’est une chance à saisir. Les aides-soignants devront être au rendez-vous de ces nouveaux défis en devenant acteurs de la transformation "positive". Même si une part importante de la profession souffre, c’est un fait, confrontée à d’inadmissibles difficultés, cette fois, la communauté aide-soignante ne doit pas rester, comme elle l’a toujours été, en retrait de ces travaux. Car, si le train à grande vitesse du système de santé est emprunté sans tarder, les aides-soignants seront, à coup sûr, dans le wagon de tête !