L’hôpital

Le Quotidien du Médecin - Un conte hospitalier règle ses comptes à la T2A

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

PAR GUILLAUME MOLLARET - PUBLIÉ LE 02/09/2022

Ex-directeur d’hôpital, ancien directeur général adjoint de l’Institut du Cancer de Montpellier, Jean-Marie Brugeron jette, dans un livre fiction, un regard cru sur le devenir d’un hôpital public centré sur la performance médico-économique.

Dans ce récit, joliment qualifié de « conte hospitalier », les patients n’ont plus que Lourdes et son sanctuaire pour espérer guérir. L’intelligence artificielle ayant pris le pouvoir, il est désormais possible pour l’hôpital de refuser les soins à un patient. Et puisque le malade n’a, d’après les statistiques, aucune chance de s’en sortir – après tout, la vie est une maladie mortelle –, le système de santé français ne juge désormais plus utile d’engager des frais au nom de la performance médico-économique acceptée par la majorité du peuple.

Établissements privatisés ultra-rentables

Devenus ultra-rentables, tous les établissements de soins ont été privatisés et intéressent désormais de grands opérateurs d’infrastructures. Ce sont les mêmes qui gèrent nos aéroports et nos autoroutes et ils se reconnaîtront malgré quelques libertés orthographiques…

Poussée à l’extrême au travers au travers de « L’Atédesa, la molécule qui détruisit l’hôpital » (Les Impliqués éditeur), la logique financière analysée par Jean-Marie Brugeron, lui-même ancien patron d’établissement, est celle d’un complot ourdi à bas bruit où les plus affaiblis sur le plan sanitaire n’ont plus leur place dans le système de soins.

Trop longtemps resté confiné en Lozère et coupé volontairement des médias, Bruno Boy, directeur d’hôpital à la retraite, découvre au sortir de son ermitage, un système de santé qui ne ressemble en rien à celui qu’il a laissé en quittant ses fonctions… du moins à première vue  ! Et si la fameuse « T2A » – tarification à l’activité dont il était militant – avait été la première pierre de la catastrophe qu’il déplore aujourd’hui  ? En était-il l’initiateur ou le pion  ? Double crédule de Jean-Marie Brugeron, Bruno Boy retourne notamment sur les lieux de son crime au CHU de Caen (où l’auteur occupa le poste de directeur adjoint).

Effet dévastateur

Il visite également Lourdes, depuis laquelle s’organise une résistance et où le conteur fut également directeur de l’hôpital local. En mai 2020, Jean-Marie Brugeron, aujourd’hui président bénévole du Secours catholique dans l’Hérault, avait signé dans « La Croix » une tribune pour dénoncer le système induit par la T2A. « Nous viendrait-il à l’idée de donner une valeur monétaire à l’amitié, à l’amour que nous avons pour nos enfants ou notre conjoint  ? Avec la T2A, c’est ce que nous faisons pour l’aide aux blessés, aux malades, aux personnes âgées. Et surtout, c’est ce que nous nous habituons à faire quotidiennement. Cette pratique irrigue tout le processus de soin, de façon quasi virale et opère subtilement un changement des valeurs auprès des hospitaliers », écrivait-il alors.

La fiction lui laisse libre cours pour développer cette thèse d’un principe actif à l’effet dévastateur (l’Atédesa autrement dit la T2A), instillé en goutte-à-goutte, comme dans un mauvais rêve.

L’Atédesa, la molécule qui détruisit l’hôpital, de Jean-Marie Brugeron, Les Impliqués éditeur, 247 p., 22 €.