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Libération - Le Medef préfère parer au plus argent

il y a 3 jours, par Info santé sécu social

Par Christophe Alix — 14 mai 2020 à 20:16

Réticent à une hausse des salaires, le patronat se retranche derrière les difficultés financières des entreprises et l’évolution des modes de consommation.

Avec le déconfinement et la reprise progressive de l’activité, la question d’une revalorisation des plus bas salaires s’invite dans l’agenda social. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé mercredi qu’elle allait convoquer en ce sens les branches professionnelles des salariés en première ligne durant l’épidémie, qui se trouvent être aujourd’hui parmi les moins bien payés. Citant en exemple « les caissiers et caissières, les manutentionnaires, les chauffeurs livreurs, les éboueurs », la ministre souhaite qu’à travers l’ouverture de négociations de branches, leurs fédérations professionnelles regardent « comment, dans leur classification, dans leurs évolutions de salaires, elles peuvent prendre en compte ces métiers qui ont besoin d’être revalorisés ».

« Compliqué »
Le président de la République avait reconnu « que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal » ces travailleurs du quotidien qui ont fait tourner la France durant la période. Mais l’initiative de Pénicaud a été fraîchement accueillie par le Medef qui met en avant la forte dégradation de la santé des entreprises du fait de la crise et l’absence totale de visibilité. « A un moment où les entreprises perdent énormément en profitabilité, augmenter les salaires va s’avérer compliqué », a prévenu avant même l’ouverture de ces négociations le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux dans une interview au Monde. Le patronat fait valoir que pour éviter que la crise économique ne se transforme en crise sociale avec une explosion des faillites et du chômage, les entreprises vont devoir investir et n’auront que des moyens extrêmement limités pour revaloriser ces métiers.

Alors que Pénicaud encourage dans l’immédiat les entreprises à verser une prime exceptionnelle, le Medef esquive le débat en expliquant que c’est par la relance massive, au niveau de chaque entreprise, d’une politique d’intéressement que cette revalorisation pourra avoir lieu. Dans les plus petites entreprises, elle pourrait aussi prendre la forme de coups de pouce du type « prime Macron » annuelle et défiscalisée liée aux résultats. Autrement dit, tout dépendra de la santé des entreprises et du bon vouloir des employeurs invités à négocier avec les partenaires sociaux.

Gestes
Ces dernières années, les minima de branches, négociés entre les partenaires sociaux, ont régulièrement augmenté, font valoir les employeurs. Ils s’appliquent à toutes les entreprises d’une branche et se répercutent en cascade sur toute la hiérarchie des salaires. C’est le cas de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui regroupe la plupart des enseignes de la grande distribution alimentaire, un secteur qui représente 750 000 emplois, dont un tiers dans les hypermarchés. Cette dernière fait valoir qu’elle n’a pas attendu la situation actuelle pour revaloriser les minima conventionnels, en rendant obligatoire le treizième mois et le paiement des temps de pause. Soit un gain minimal de 13 % pour les plus bas revenus payés au salaire minimum, représentant un surplus de 2 600 euros brut par an. Mais en dehors de ce plancher minimum par qualification et de la négociation annuelle obligatoire sur les salaires, la FCD estime que c’est aux entreprises de déterminer ces revalorisations salariales. Une manière polie de botter en touche.

Quant à l’évolution des qualifications, comme celle du métier de caissier pris en exemple par Muriel Pénicaud et dont on a mesuré toute « l’utilité sociale » durant le confinement, la FCD indique qu’il est remis en cause par l’évolution des modes de consommation (drive, montée du commerce électronique, etc.) tout comme le modèle des hypers, en perte de vitesse. Difficile, dans ces conditions, de revaloriser les salaires dans des métiers dont l’avenir est de moins en moins assuré, indique-t-on à la FCD.

Alors que le débat s’annonce ardu, il semble peu probable que les entreprises et leurs branches professionnelles soient disposées, dans la situation actuelle, à aller au-delà de revalorisations sous la forme de primes exceptionnelles (ou autre) destinées à gratifier ces salariés pour la poursuite de leur activité durant le confinement. Des « gestes », comme les appelle le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, qui sont défiscalisés et exonérés de cotisations sociales jusqu’à 1 000 euros, le double dans les entreprises où a été mis en place un accord d’intéressement.