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Le Monde.fr : Frédéric Valletoux, un ministre de la santé plus politique

il y a 1 semaine, par infosecusanté

Le Monde.fr : Frédéric Valletoux, un ministre de la santé plus politique

Député Horizons de la Seine-et-Marne depuis 2022, le nouveau ministre délégué, président de la Fédération hospitalière de France pendant onze ans, est nommé à un moment de fortes turbulences dans ce secteur.

Par Mattea Battaglia et Camille Stromboni

Publié le 08/02/2024

L’hypothèse de sa nomination à la santé a déjà circulé à plusieurs reprises, lors de précédents remaniements, elle se confirme cette fois-ci. Le député Horizons Frédéric Valletoux, 57 ans, a été nommé, jeudi 8 février, ministre délégué chargé de la santé et de la prévention. Il épaulera Catherine Vautrin, qui a hérité, le 11 janvier, au sein du gouvernement formé par Gabriel Attal, d’un vaste périmètre brassant la santé, mais aussi le travail et les solidarités.

La désignation de M. Valletoux intervient dans une période de flottement, avenue de Ségur, après la démission, en décembre, d’Aurélien Rousseau, opposé à la loi concernant l’immigration, suivie de l’intérim chahuté d’Agnès Firmin Le Bodo, qui fait l’objet d’une enquête judiciaire pour avoir reçu, en tant que pharmacienne, des cadeaux des laboratoires Urgo.

C’est sur un profil politique que Gabriel Attal et Emmanuel Macron se sont entendus, à un moment de fortes turbulences dans le secteur de la santé. Maire de Fontainebleau (Seine-et-Marne) pendant plus de quinze ans (2005-2022), ancien conseiller régional d’Ile-de-France, président de la Fédération hospitalière de France, le lobby des hôpitaux publics, durant la dernière décennie jusqu’en 2022… Ce parlementaire de centre droit, élu à l’Assemblée nationale en 2022, n’a rien d’un débutant ou d’un « invisible », pour reprendre l’épithète souvent accolée aux ministres qui « n’imprimeraient » pas assez.

Ancien journaliste
Contrairement à certains de ses prédécesseurs, comme François Braun, Olivier Véran ou encore Agnès Buzyn, M. Valletoux n’est pas médecin. Ce père de cinq enfants a exercé quinze ans le métier de journaliste à La Gazette des communes, puis au journal Les Echos. Après avoir été élu maire sous l’étiquette UMP, puis Les Républicains (LR), il a rejoint le parti Agir, fondé par l’ancien LR Franck Riester, puis celui d’Edouard Philippe, Horizons, comme député. Il a ainsi rallié la majorité présidentielle, après une carrière politique en grande partie à droite.

Bien identifié par les acteurs de la santé, il est déjà très attendu, à l’heure où les dossiers en souffrance s’accumulent. Sur le « doublement » des franchises médicales et la « régularisation » des médecins étrangers, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a déjà indiqué le cap, lors de son intervention télévisée du 16 janvier.

A brève échéance, le nouveau ministre de la santé aura à porter la réforme promise de la fin de vie et l’épineuse refonte de l’aide médicale d’Etat. Sans compter la crise de l’hôpital qui se poursuit et les déserts médicaux qui s’aggravent sur de nombreux territoires.

Fort passif avec les médecins libéraux
Dans les rangs des médecins libéraux, en pleine renégociation du contrat qui les lie avec l’Assurance-maladie, M. Valletoux va devoir surmonter un fort passif. « Il n’a eu de cesse de dénigrer la médecine libérale et les généralistes, quand il était à la tête de la Fédération hospitalière de France, les rendant responsables de tous les maux du système de soins », soutient le docteur Luc Duquesnel, porte-parole des généralistes de la Confédération des syndicats médicaux français.

Les syndicats gardent aussi en mémoire sa volonté de rétablir l’obligation de garde, supprimée au début des années 2000, à laquelle ils sont farouchement opposés. Ils l’avaient alors accusé de « mensonges » et de « dérapages ».

Plus récemment, M. Valletoux a refait parler de lui, dans les cercles de médecins, en portant une proposition de loi visant à « améliorer l’accès aux soins », promulguée le 27 décembre. Il a tenu à distance l’option d’une « régulation » de l’installation des médecins – chiffon rouge chez les libéraux –, pourtant approuvée par un nombre croissant de parlementaires, tout en défendant des mesures plus contraignantes dans l’organisation de la médecine de ville.

Niveaux inédits des déficits des CHU
Une ligne de crête, soutenue par le gouvernement, qui l’a exposé à un flot de critiques : nombre de médecins lui ont reproché d’être allé trop loin avec ce texte dans une forme de contrainte de l’exercice médical, quand certains, particulièrement parmi les élus, ont regretté un manque de « courage politique ». Les points les plus contestés ont finalement été retirés du texte. Lui-même, dans l’Hémicycle, a développé un argumentaire prudent, ne se disant pas opposé, « par principe », à toute coercition, mais admettant ne pas vouloir se mettre à dos toute une profession. « On ne peut pas réussir une réforme sans les médecins », disait-il au Monde à l’époque.

Les tensions avec les libéraux sont loin d’être le seul défi qu’il aura à relever : services des urgences qui ferment, maternités en difficulté, manque de lits, de médecins, d’infirmières… Ce casse-tête n’est pas une découverte pour l’ancien patron de la fédération des hôpitaux publics, qui a vécu la crise du Covid-19 à ce poste de responsabilité. « 80 % des hôpitaux en France sont en difficulté pour maintenir l’offre de lits et de service dans leur plénitude, du fait des tensions sur les effectifs », soulignait-il dans les colonnes du Monde, à l’été 2022, en réclamant des « mesures d’urgence ».

Dix-huit mois plus tard, la problématique demeure aiguë : si des lits ont commencé à rouvrir à Paris ou à Marseille, les déficits des CHU ont atteint des niveaux inédits, de 1,2 milliard d’euros, en 2023, comme viennent d’alerter plusieurs instances représentatives. S’installer dans ce ministère, dans un cadre budgétaire plus que contraint, voilà le dernier élément de l’équation complexe que M. Valletoux aura à résoudre.

Mattea Battaglia et Camille Stromboni