Maternités et Hopitaux publics

JIM - Seconde vague de déprogrammations dans les hôpitaux

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Paris, le mercredi 21 octobre 2020

Dès le tout début du mois de septembre, plusieurs régions et groupes hospitaliers ont activité le plan blanc. Ce programme organisationnel destiné à répondre à une situation sanitaire exceptionnelle connaît plusieurs phases. Les premiers niveaux supposent un recensement des ressources disponibles et l’élaboration de stratégies reposant sur le redéploiement des lits. Dans une phase plus critique, des déprogrammations des activités non urgentes sont décidées.

Entre 20 et 30 % de l’activité reprogrammée dans six métropoles
Face à l’augmentation des hospitalisations liées à l’épidémie de Covid-19, de nombreux hôpitaux ont déjà dû se résoudre à s’orienter vers l’annulation d’interventions considérées comme non urgentes.

Avant même les mots d’ordres officiels des directions administratives, une « déprogrammation masquée » était à l’œuvre. « Quand on voit un patient, on se demande toujours : est-ce qu’il est possible d’attendre quelques mois avant de l’opérer » confie au quotidien Le Monde Richard Nicollas, directeur médical de crise à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille. Cependant, ces dernières semaines, à cette prise de conscience tacite d’un grand nombre de praticiens, se sont ajouté des directives officielles. Selon la Conférence des présidents de commissions médicales d’établissements des CHU, outre la région lyonnaise, des déprogrammations ont été actées dans six métropoles (Paris, Aix-Marseille, Rouen, Montpellier, Toulouse, Lille), qui conduisent aujourd’hui au déplacement de 20 à 30% des activités prévues.
Déprogrammation totale dans cinq départements d’Auvergne-Rhône-Alpes
Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes depuis lundi, une étape supplémentaire a été franchie : tous les établissements de santé d’Isère, de la Loire et du Rhône ont déprogrammé l’ensemble de leurs activités opératoires et interventionnelles pour une durée de quinze jours. « Ce lundi, 685 lits de réanimation sont ouverts dans la région contre 559 habituellement avec une possibilité d’armer jusqu’à 1 300 lits mais qui supposerait une déprogrammation complète des activités au profit de la Covid-19, ce qui n’est pas envisagé aujourd’hui ni souhaitable » recensait l’Agence régionale de santé qui a justifié cette décision par la situation de saturation observée dans plusieurs établissements. Elle note encore que des « transferts ont désormais lieu entre établissements des différents territoires de la région (14 transferts depuis le 13 octobre parmi lesquels 4 patients venant des Hospices civils de Lyon qui ont été transférés au Centre hospitalier métropole Savoie à Chambéry) ». Aujourd’hui, ce sont l’Ain et la Savoie qui sont concernées par la même injonction, tandis que l’Ardèche et la Drôme (Centre hospitalier de Valence) sont appelés à se préparer à « activer des lits de réanimation en moins de 48 heures si la situation l’exigeait ».

Grave, mais pas désespérée

La décision de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes révèle que certaines leçons de la première vague semblent avoir été retenues : les décisions de déprogrammation ne sont plus prises de façon nationale mais très localisée et pour des périodes plus restreintes (et non sans date limite).

Elle révèle également de façon plus aiguë la dégradation de la situation dans certains territoires. Les responsables hospitaliers hésitent entre gravité et refus du catastrophisme pour la décrire : « La situation n’est pas catastrophique, mais elle est très préoccupante » résume ainsi François-René Pruvot, président de la Conférence des présidents de commissions médicales d’établissement des CHU. « Un arbitrage, c’est forcément compliqué (…). Mais on n’en est pas à un moment où il faut faire des choix affreux » remarque pour sa part Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive-réanimation à l’hôpital Avicenne, à Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Urgent d’agir
Pour éviter le plus possible que des choix semblables à ceux faits en Auvergne-Rhône-Alpes se multiplient et alors que la préservation le plus possible des soins non Covid est une priorité pour tous les établissements hospitaliers (notamment parce que les difficultés actuelles sont en partie aggravés par le fait que les établissements doivent répondre à un afflux de patients lié au rattrapage des activités déprogrammées au printemps), les appels se multiplient pour exhorter les Français au respect des gestes et mesures permettant de limiter la propagation du virus. « La situation est grave. Il faut nous croire », ont ainsi lancé dans un texte commun des médecins et doyens de facultés de la région Auvergne Rhône-Alpes à l’appel du président de la commission médicale d’établissement des Hospices civils de Lyon, le Pr Olivier Claris. « L’hôpital n’a pas les moyens d’affronter la deuxième vague épidémique telle qu’elle s’annonce. Seule une diminution de la diffusion du virus permettrait de limiter les admissions en réanimation et la surmortalité » constate de son côté dans Le Monde, la Fédération nationale des infirmiers de réanimation (FNIR).

Maladie chronique : complications accrues

Ces appels et ces témoignages de professionnels de santé mettent notamment l’accent sur une dimension qui était peut-être moins prégnante lors de l’épidémie de ce printemps : l’épuisement et la lassitude des professionnels de santé. « De nombreux professionnels ont quitté l’hôpital depuis la première vague ; les autres risquent de ne pas supporter la nouvelle confrontation » avertit ainsi la FNIR. Beaucoup rappellent par ailleurs que le fonctionnement des services est constamment ralenti par le manque de personnels. « Il faudrait que l’on puisse travailler à 130 % mais on manque de personnels » remarque par exemple, Christine Hungerer, directrice du centre hospitalier William Morey (Châlon-sur-Saône). « L’hôpital fonctionne en sous-effectif (…) depuis des années : avant la première vague, 480 lits de réanimation étaient fermés faute de soignants » écrit la FNIR. Une maladie chronique dont les conséquences sont majorées en cette période de crise aiguë.

Aurélie Haroche